Volume, clé d’avenir

Les groupes de distribution en France adaptent le contenu de leurs foires aux vins au manque de volume disponible ; Lidl en Europe ou Costco aux États-Unis achètent des vins de tous les millésimes, y compris le 2014 non encore produit (!), pour des livraisons dans 12 ou 18 mois ; les vignerons scrutent tout autant le ciel que les ceps en espérant que la campagne sera riche en rendement … la planète viticole serait-elle devenue folle ?

Depuis le début des années 2000 pourtant, l’OIV avertit de ce qui aujourd’hui paraît s’imposer aux yeux de tous : la filière mondiale sous produit ! Au nom de la qualité, le nombre d’hectolitres par hectare n’a cessé de baisser ; selon le principe du régulation du marché par l’offre qui verrait monter les prix quand chutent les volumes, le phénomène a été amplifié.

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Aujourd’hui, en Provence comme dans le Rhône, syndicat et interprofession cherchent à faire « repartir à la hausse » les volumes produits en aidant à la restructuration, à la plantation (!), à l’irrigation ou à l’amélioration génétique. Bien sur, tous expliquent que la situation vient d’un ré équilibrage du marché.

De son côté, l’Anivin (interprofession des vins de France, ex-vins de table) a adopté un plan de développement dont la clé est l’obtention d’autorisations de plantation pour répondre aux besoins, en captant le 1% de croissance du vignoble décidé au niveau européen à partir de 2016 (soit 7 500 ha pour la France).

En réalité, deux enseignements peuvent être tirés de ce (nouvel) état de fait : le vin comme toute activité entrepreneuriale ne peut se passer de prospective. Anticiper, bâtir une stratégie avec des objectifs aval comme amont, techniques comme commerciaux aurait permis d’éviter de (trop) subir les évolutions du marché et les aléas climatiques. La faiblesse de la France dans ce domaine ne semble pas être réglé par un plan 2025 (relire le plan ici) trop flou et sans agenda précis.

Le volume produit entre comme l’un des critères prioritaires, dans la réflexion du vigneron (et de la filière) : ne plus opposer recherche qualitative et rendement, bon vin et rentabilité à l’hectare… production et économie. La viticulture française doit accepter individuellement pour chaque opérateur et collectivement, cette « mue psychologique » que beaucoup ont déjà comprise et intégrée. Valoriser le noble travail de la terre, préserver les terroirs, l’identité, l’excellence, le « modèle français » ne se fera qu’à ce prix.

Quant aux consommateurs tant ici que dans le monde entier, ils assistent incrédules à une pénurie incompréhensible et à une inflation sans conséquence pour l’instant tant qu’il ne s’agit que d’un rattrapage conduisant les prix vers un cœur de gamme porteur, mais qui a terme pourrait les éloigner du vin. On constate d’ailleurs qu’ils ont déjà abandonné les « grands vins » devenus inaccessible. Et, faute de (re)trouver leur étiquette préférée, ne se tournent-ils pas vers des produits de substitution (alcools, bière, sodas, etc.) ?

One comment

  1. Olivier Metzinger dit :

    Il ne falait pas être devin pour imaginer ce qui arrive aujourd’hui. Je le dis depuis 2003.
    Il est assez aisé de vendre des containers entier de Bordeaux entre 1.7 et 2.2 euro HT départ chai, c’est beaucoup plus compliqué lorsqu’on est entre 2.2 et 2.7.
    J’ai toujours pensé que la vrai question n’était pas le prix du tonneau, mais que met on en place pour vivre avec ce que les clients sont prêt à payer.
    Les clés sont simple à trouver, maitrise du coût de revient (éviter les densités trop haute) et rendement réaliste (avec 5000 pieds à l’hectare on fait très bon jusqu’a 70, 80 hl/ha).
    A ce moment la on dégage des revenus pour investir, et pour faire le boulot nécessaire à l’élaboration d’un bon vin sans demander quoi que ce soit aux contribuables européens… Mais a ce stade je suis dans l’utopie révolutionaire.
    Bonne journée

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