Vins de France, polémique sur une (non) stratégie

Les filières françaises se déchirent autour d’un « nouvel os » : l’origine. L’Association Nationale Interprofessionnelle des Vins de France (Anivin) défend une vision de reconquête des marchés export par le vins sans origine géographique (VSIG vins de France, ex-vins de table!). Modernité, technologie, innovation – pour ne plus dire industrie – sont présentées comme des vecteurs à la fois de croissance des ventes, de garantie de revenu pour le vigneron et le négociant et de durabilité (environnement, régularité des approvisionnements, respect environnemental). La démonstration s’appuie sur le constat du manque de vin qui oblige la France à importer d’Espagne et d’Italie des vins de table (autour de 10 millions d’hl par an).

Les avantages de ce type de produits sont mis en avant : l’absence de limite de rendements (jusqu’à 200hl/ha) redonnerait de la compétitivité face aux concurrents européens ; leur positionnement permettrait d’occuper le segment des 1ers prix au lieu de se contenter du haut de gamme ; la libéralisation de la plantation offrirait de nouvelles perspectives aux producteurs.

Même si la complémentarité IG – sans IG est affirmée par tous, « la guerre » semble déclarée avec les défenseurs du terroir qui pointent la nécessité de préserver un modèle déjà en crise, des territoires qui ne sauraient supporter des excédents de stocks, une dérégulation non maîtrisée. Surtout, ces tenants de la viticulture indépendante soulignent les faiblesses structurelles de la filière : absence de contractualisation à long terme et viable entre négoce et vigneron, désunion donc des acteurs et surtout décalage du discours avec la réalité des exploitations tournées depuis 40 ans vers la production de vins de qualité.

Ce débat montre en réalité, l’état de la filière et met en exergue ses trois principaux manques :

-comme le souligne de nombreux présidents de syndicat d’AOC, la France n’a pas de stratégie collective claire ; les pouvoirs politiques nationaux et décentralisés ne savent pas ce qu’il faut faire pour le vin français. Même si est reconnu sa capacité exportatrice, le vin n’apparaît jamais dans les possibilité de croissance, dans les plans économiques : ce désintérêt vient à la fois d’une cacophonie organisationnelle des professionnels -autant d’organismes, autant de voix discordantes- qui fabriquent chacune dans leur coin leur petit plan d’action et empêche de peser sur la décision politique, que d’une méconnaissance de la viticulture comme entreprise. De façon folklorique, le vigneron reste un paysan qui se « contente » de livrer un beau produit plein d’histoire et de nostalgie !

-de toute cette discussion est absent l’acteur majeur du marché, le consommateur. Car après tout que veut-il ? Vers quel modèle penche-t-il ?

Bien sur, il est impensable de donner une réponse mondiale unique mais on peut néanmoins constater une tendance globale : le consommateur se dirige de plus en plus vers des vins « tracés », identifiés à la fois par leur provenance géographique et par le nom de celui qui les fabrique et les met en marché.

Les vins sans IG, surtout quand ils portent l’origine « France » au combien porteuse et valorisante, ne sont pas à exclure à priori de ce segment mais si le modèle industriel dérégulé seul s’impose alors l’image de cette origine sera dévalorisée aux yeux des consommateurs.

D’ailleurs pendant qu’une fois de plus, nous nous prenons la tête autour d’un (faux?) débat amont, tous les pays ont adopté sur les 10 dernières années, un modèle proche des AOP européennes.

-enfin, les (grands?) patrons français courent après une compétitivité basée sur le seul prix en oubliant que le vrai problème de la France (voir l’étude de FranceAgrimer) réside dans son peu de présence dans les pays à l’export et dans ses investissements commerce/marketing insuffisants.

Faut-il alors favoriser un créneau lourd en volume (les 1ers prix restent majoritaires) mais en forte chute à faible marge ou se diriger vers un créneau d’avenir (les cœur et haut de gamme en forte progression) ? Faut-il anticiper ou suivre ?

La vraie question soulevée n’est-elle pas celle des volumes, du manque de production française pour reprendre une place de leader mondial, de sa réduction permanente et subventionnée à coup d’arrachages et de limitation des rendements ?

Si au moins ce débat là pouvait enfin être tranché !

One comment

  1. […] auto entretenu par les industriels. L’écart de prix justifie seul cette attitude. Relire ici l’article de mai 2014 : « Vins de France, polémique sur une (non) […]

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