Vino Business (4) : ce qui est tu

vinoLe grand livre sur la viticulture française reste encore à écrire. C’est le sentiment qui domine quand s’achève le « Vino Business » d’Isabelle Saporta. Son enquête a le mérite de porter le fer là où cela fait mal, au cœur du fleuron des grands vins : ce luxe si porteur d’image tourne aujourd’hui à vide, ne joue plus son rôle de locomotive et surtout, elle le démontre preuves à l’appui, se noie dans un cercle consanguin de magouilles et de coups tordus. Mais, s’il est donc louable et utile de dénoncer tout cela, où sont les 95% de vignerons hors des crus classés, des classements bidonnés et de la spéculation foncière ?

Bien sur, Isabelle Saporta met en avant de « belles figures » : Aline Guichard-Goldsmith, la baronne qui depuis Château Siaurac résiste au tout puissant Pomerolais Christian Moueix, Pierre Carle inlassable pourfendeur du classement saint-émilionnais, propriétaire inflexible du sublime Château Croque-Michotte exclu de toutes les promotions ou Franck Dubourdieu, frère de et pourtant défenseur éperdu du terroir, malheureux de le voir trahi au profit des seuls intérêts économiques.

Mais bon, ce ne sont pas là de « simples » vignerons.

Isabelle Saporta cite aussi, comme une sorte de dernier des Mohicans tout en haut de son plateau, Dominique Techer. Voilà une belle image de producteur – bio, Confédération Paysanne, ancien maire, écologiste, anti CVO – et j’avoue, j’aime beaucoup Dominique Techer même si je ne partage pas toutes ses idées. Il sert cependant une trame qui colle au livre comme un discours de fond, « autrefois, c’était mieux, il suffisait de faire du bon vin ».

Les problématiques de fond de la filière ne sont pas abordées : c’est un peu comme ausculter la partie émergée de l’iceberg sans scruter ce qui se trouve sous l’eau, à l’abri des regards.

Que manque-t-il en fait ? … (à suivre)

One comment

  1. LAPORTE dit :

    Bonjour,

    Encore moi mais le sujet m’intéresse. Sans rentrer dans les détails, notre époque intelligemment mais confusément se pose des questions.

    Le vin est un produit sacré que l’on a mis au rang d’œuvre d’art ce qui a profité aux grands gourous (Rolland, Dubourdieu …), restons terre à terre et revenons aux 95% de ceux qui en vivent et qui le font c’est à dire des artisans vignerons. Il y a bien une recette pour faire du vin et abordable par tous mais la différence vient du terroir, des cépages … Ne nous trompons pas ceux qui transforment l’œuvre en art sont les dégustateurs et les consommateurs, laissons leurs se pouvoir et je pense qu’il y aura moins de dérives.

    Notre époque c’est la confusion entre artisans vignerons (95% d’entre nous), les in »industriels » et les gourous qui nous forcent à voir le vin comme une boisson « coca cola » reproductible à merci et adaptable aux consommateurs et aussi une autre mouvance et pour moi pas les meilleurs parce qu’elle est aussi voir plus dévastatrice et marketing que les autres : celle de passéistes « bios » « bio-dynamiques » « retour vers un passé révolue ».

    Tout ça est à clarifié !

    Revenons aux valeurs de base c’est à dire, restons simple et éduquons les consommateurs sur nos particularités, nos différence, nos terroirs et notre richesse, laissons les s’exprimer plutôt que d’uniformiser notre vin vers un produit de consommation lambda au goût « du » consommateur.

    A débattre …

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