Vino Business (4) : ce qui est tu (suite et fin)

vinoLa même approche journalistique (rigueur, témoignages, exemples chiffrés, recoupements) pourrait être mis au service d’une enquête sur la gouvernance des filières. Ici, Isabelle Saporta évoque  le Ministre de l’Agriculture et son administration qui ont laissé pouvoir et initiative aux instances locales. La répartition et surtout l’utilisation des subventions sont à peine effleurées.Pas d’interrogation non plus sur la stratégie, les choix politiques aussi bien du point des  vue des appellations, des négociants qu’au niveau national. Les problématiques sociales – revenus des viticulteurs, répartition de la richesse créée – ou économiques – aménagement du territoire, inégalités, place et influence du Crédit Agricole ou de la Mutualité Sociale Agricole – méritent qu’un(e) journaliste s’y arrêtent avec le même sens de l’investigation et l’esprit polémique.

On pourrait égrener ainsi les sujets à creuser ; ce qui est clair, évident quand on referme Vino Business, c’est le double sentiment éprouvé : un plaisir, ou pourrait dire une jouissance, de voir avec tant d’acuité, montrer et souligner les errements de puissants, d’élus auto-proclamés, de nouveaux riches qui pensent à se servir sans scrupules ni sens des responsabilités. Dans une démocratie, ce travail même s’il nous prend à rebrousse poils, est salutaire. D’autant plus que des dangers réels sont soulevés, du scandale sanitaire à la perte de part de marché, qui pourraient à terme tuer la poule aux œufs d’or du vin français.

L’autre sensation relève plus du malaise : la France ne passe-t-elle pas son temps à scier la branche sur laquelle elle est assise, à se morfondre en ne regardant que ses imperfections et en oublient ses formidables potentiels ? Et ce livre, au final, ne procède-t-il pas d’abord de cet auto-« bashing » recherché parce qu’il fait vendre ? Le ministère de la parole appartient aux observateurs – dont je fais ici partie : mais dénoncer, est-ce une fin en soit ?

Fort de ce constat, je crois que Vino Business réveille la conscience et, par ses travers ou ses manques, donne envie d’agir. De ne plus laisser aller ou du moins, de tenter à son niveau, de véhiculer des valeurs positives, de chercher la valorisation, de produire du concret.

Vino Business a les défauts de ses qualités : comme son auteure, il surfe sur l’écume mais vous jette à la figure comme un paquet de mer glacée, tout ce qui n’a pas été fait, tout ce qui devrait être entrepris pour porter haut ce qui est l’un des plus grands trésors culturels, productif ET économique français.  Et c’est là son réel mérite !

 

One comment

  1. Coraline dit :

    OK, c’est décidé, je l’achète.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


× 6 = quarante deux