Série de l’été #1

évolution de l'agriculture

France, années 1950

Quel qu’il soit, un producteur agricole a comme priorité essentielle, de vivre de son travail. Historiquement, nous avons à la fin de la seconde guerre mondiale, demandé à nos paysans de s’extraire de cette obligation pour nourrir la population : toute l’énergie, l’intelligence, la force de travail et d’innovation des filières ont été mobilisés pour cet objectif seul. Il faut rappeler combien les agriculteurs ont réussi, démontrant contre toute évidence à l’époque, que l’on pouvait bien nourrir le monde entier, que la faim n’était que le résultat des erreurs mortelles de l’homme (guerre, gaspillage, prédation par exemples).

Il est d’autant plus inconcevable de constater 70 ans plus tard, combien le modèle productiviste issu de cette période, a du mal à évoluer, à se réformer, à s’adapter aux exigences d’aujourd’hui. Que l’on cesse de répéter qu’il faut du temps pour cela : si hier, dix, vingt ans furent nécessaire pour moderniser l’agriculture, nous disposons de moyens, d’outils et d’hommes bien plus performants et formés.
Revenons donc à notre priorité de départ : pour dégager un salaire réel, une capacité de financement et d’investissement comme la possibilité d’un revenu du foncier, l’agriculteur indépendant ou coopérateur doit atteindre un chiffre d’affaires et des marges, un bénéfice qui le permettent.
Voilà la révolution de ce siècle : le paysan est un chef d’entreprise ; en majorité, il déteste ce concept qui l’effraie et semble le couper de ses valeurs, de ce pourquoi il est, bien produire.
Alors doit-il se soumettre à cette contrainte ? Quel que soit son secteur et son identité, oui, tant elle est potentiellement libératoire en tant qu’outil – et non finalité en soit – de son autonomie économique et financière. Patron de ce qu’il est et fait, il est libre de ses choix, de son indépendance ; paradoxe bien banal, il peut se libérer en intégrant une contrainte absolue.
Qu’est-ce à dire ? Simplement que tout agriculteur ne peut plus s’arrêter à la terre, au produit, à l’amont. Il doit aller jusqu’au marché pris dans sa définition actuelle, un ensemble de consommateurs actuels ou possibles qui ont ou expriment des besoins que peut satisfaire l’offre du producteur.
Aller jusqu’au consommateur, l’intégrer à chaque étape de son travail, à chaque réflexion : que cherche-t-il, comment lui parler, lui faire comprendre, le toucher.
Sa stratégie, sa démarche s’inversent pour partir de lui et y revenir sans cesse.

S’il s’empare de cette responsabilité, le paysan peut espérer maîtriser la qualité de ses produits, leurs prix (jusqu’au prix de revente au consommateur), la durabilité écologique de son activité. Et il en a les moyens : jamais le consommateur n’a été aussi sensible au bon, au biologique, à l’équitable, à sa fonction d’acteur, de citoyen. Jamais la variété des circuits n’a été aussi large, aussi immédiate et accessible. Et disons-le, jamais les aides publiques n’ont été plus opérationnelles.

Après la révolution technique, voici celle de la mise en marché.
Nous examinerons dans un prochain article, ce qui l’empêche.

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