Selon que vous serez puissant ou misérable…

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En roulant sur les routes du Médoc ou de Saint Emilion, par exemple, on croise de superbes bâtiments modernes en construction ou tout juste inaugurés : des chais ultra modernes, dessinés par les plus grands architectes mondiaux (Nouvel, de Portzamparc, Wilmotte, Foster, Starck, …) viennent souligner, mettre en valeur ou renouveler les constructions de pierre blanche des châteaux des siècles passés.

Cette vision – souvent superbe, parfois ratée tant elle s’impose plus qu’elle ne s’intègre au paysage – masque deux réalités plus prosaïques et bien moins belles.

Ces travaux gigantesques – jusqu’à 9 millions d’€ pour Angélus – sont plus le résultat d’un opportunisme financier (lire ici l’excellent article de Sud-Ouest d’avril 2014) que d’une volonté de grandeur ou d’une stratégie de développement : les enveloppes de l’OCM vin (organisation commune du marché européen) ont fait pleuvoir les subventions en matériel et immobilier (prise en charge à 40%). La tant décriée Europe se fait vache à lait auprès de ceux qui en ont le moins besoin ; car détenues par des groupes puissants ou de riches familles, ces propriétés dépensent pour l’optimisation fiscale et la chasse aux primes !

Vus les résultats de cette politique – moins de 10% des enveloppes ont été consacrés aux investissements immatériels – et le peu de profit que la France (Bordeaux en particulier) en a tiré aux niveaux commercial et économique, on est au minimum en droit de s’interroger.

Surtout, ce faste cache de plus en plus mal, la misère qui progresse dans le reste du vignoble et l’absence totale d’empathie des banques, leur incapacité à soutenir réellement le tissu entrepreneurial agricole. Alors qu’une poignée de très grands crus se complaisent dans le luxe, 2/3 des exploitations des Graves ne gagnent plus d’argent (dixit le Président de l’ODG), la trésorerie de l’ensemble de celles de Sauternes est nulle, les dossiers de sauvegarde et de redressement se multiplie au TGI de Bordeaux.

Relire la fable de La Fontaine « les animaux malades de la peste  » (ici) et sa morale « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », loin de nourrir un populisme fort peu sain, montre l’urgence toujours actuelle d’une remise en question qui dépasse les simples apparences, aussi flatteuses et glorieuses soit-elles.

Quand je me suis installé à Bordeaux en 1997, on me racontait souvent cette anecdote de familles autrefois fortunées, installées dans de sublimes hôtes particuliers aujourd’hui vides, et qui pour sauver les apparences, organisaient une fois l’an de grands fêtes mondaines chez elles : pour ne pas perdre la face, elles louaient alors des meubles le temps d’une soirée fastueuse… Souhaitons que la viticulture ne soit pas réduite à une simple façade, sublime au dehors, creuse et appauvrie à l’intérieur.

4 comments

  1. FEYDIEU dit :

    Mon grand père disait : » N’en crèveront que les plus malades… » reste à savoir où l’on se situe !!

  2. Olivier Metzinger dit :

    Il y a quelques jour nous avons changé de président d’ODG pour la section Cadillac Côtes de Bordeaux, ainsi que pas mal de personnes au CA.
    Il y a eu la création de Commissions pour l’avenir de l’appellation (promotions, export, techniques…)
    J’ai demandé la création d’une commission économique, je me suis retrouvé seul. Ce doit être un gros mot.
    A l’AG des Côtes j’ai réitéré ma demande de mise en place de mesures économiques, le Président Héraud m’a indiqué que ce n’était pas la mission des ODG.
    Or si ce n’est pas la mission de l’ODG, qui pour défendre la production dans notre système interprofessionnel.
    La réponse c’est personne, le négoce est défendu par sa fédération, les ODG qui s’occupent du Produit (vins de Bordeaux) défendent donc le produit par la FGVB, et personne ne s’occupe de la production, j’ai beau dire que sans producteurs il n’y aura plus de produit, nous vignerons nous n’avons pas notre mot à dire.
    Notre filière marche sur la tête, j’écoute les mesures des CdC, les demandes de sorties de l’utilisation des produits phytosanitaires (par le président du CIVB) mais quid de la rentabilité des entreprises???
    Bien sur il faut vendre, mais il y a un autre facteur à prendre en compte c’est la quantité que l’on peut vendre, or lors de la crise il y a plus de 10 ans on nous a demandé de produire moins, nous sommes passé de 60 hl/ha à 50 hl/ha (-17%) soit d’abandonner ce qui nous faisait vivre, puisque les frais de culture ne sont pas proportionnel au rendement.
    Mais tout va bien, on va devenir des fonctionnaires de Bruxelles pour toucher les subsides de la PAC. Parce q’évidement cette politique marche tellement bien dans les autres cultures qu’il faut absolument l’appliquer à notre filière. Mais inlassablement je persisterais de dire qu’on se trompe, et ce n’est pas parce que je suis seul que j’ai tord, sinon la filière irai beaucoup mieux.

  3. anne BISCAYE dit :

    De 1670 à 2016, l’histoire est toujours la même, quand sera t il en 2350?

  4. anne BISCAYE dit :

    milles excuses pour la faute : q’en sera t i l???

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