Rencontre 2 : développement durable et Bio

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Voici le résumé du 2ème des 3 thèmes abordés : Développement durable et Bio.

Mes remarques et clés opérationnelles. Les filières et entreprises du vin se cherchent sur les démarches à adopter, les normes, leur utilisation et leur valeur ajoutée économique ou commerciale. Il est surprenant de constater le manque d’unanimité sur des sujets qui devraient faire consensus et donner une ligne directrice à toute l’agriculture.

« Ce n’est pas parce qu’une chose est bonne que nous la désirons c’est parce que nous la désirons qu’elle est bonne » Spinoza

Stéphane Trébucq, IAE Bordeaux (site ici) « Utiliser l’innovation comptable pour mesurer la responsabilité et la durabilité des entreprises viticoles »

Travailler la performance environnementale et sociale de l’entreprise viticole à partir de la mesure comptable, permet d’anticiper les réglementations futures. Elle rend possible l’analyse l’ensemble du cycle de vie du vin comme de tout produit :

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Bien plus qu’un simple bilan carbone (mono critère), le développement d’un outil informatisé, établit le niveau des émissions dans l’environnement, l’utilisation des ressources, l’impact de l’activité et ses dommages sur la santé humaine, la  qualité des écosystèmes, … Ce large inventaire et ces évaluation des conséquences de l’activité viticole est possible si on potentialise les logiciels de gestion comptable.

Mais il serait moins pertinent s’il n’est pas mis en place sur toute la filière : or comment arriver à un tel objectif ?

L’enjeu pourtant est vaste et essentiel : fixer et évaluer une norme, un tableau de bord ou un objectif à atteindre, informer le consommateur, donner sens à toutes les démarches déjà existantes. Il faut pour cela intégrer cette gestion dans la comptabilité comme certaines entreprises l’ont mis en place (module environnemental dans le logiciel SAP de Danone, par exemple).

Alvaro Cuya, KEDGE « L’importance du critère Bio lors de l’achat d’un vin »

Une étude a été menée sur un échantillon local bordelais de 150 personnes assez jeunes afin d’évaluer les qualités attendues et constatées, ainsi que le CAP (consentement à payer) pour un vin bio et un vin en bio dynamie vs un vin « conventionnel ».

Devant une étiquette (l’affichage du vin), sur les aspects visuels comme lors de la dégustation, le comparatif entre les trois produits ne présente pas de différence significative. On peut juste noter que lors de la dégustation « non à l’aveugle », le bio est moins bien noté, moins bien perçu que les autres.

Avant et après dégustation, la perception globale des vins restent non différanciante.

Le CAP avant dégustation est plus élevé pour le bio ; après dégustation, cet écart s’annule alors même que le vin bio est qualitativement sous-évalué.

Les avantages du bio aux yeux des consommateurs sont d’ordre collectif (l’environnement respecté) plus que privé (la santé). La valeur et la qualité d’un vin sont des constructions mentales plus que concrètes.

Yann Raineau, ISVV (Institut des Sciences de la Vigne et du Vin, Bordeaux, site ici) « La perception du consommateur des vins sans sulfites »

Bio, bio dynamie, vins nature ou sans sulfites ou souffre, en quelques années se sont multipliés de nouveaux produits autour d’une tendance dominante, le « sans » (sans ajouts mais aussi sans cahier des charges) : comment le consommateur peut-il se retrouver dans ce grand flou et en percevoir les avantages particuliers ?

Ces arrivées vont impacter le bio avec le risque d’en dégrader la valeur : il pourrait être perçu comme une étape intermédiaire dans la préservation des éco systèmes comme la lutte raisonnée l’a été par rapport au bio.

D’autant que les plus + du « sans » sont priorisés à l’inverse du bio : c’est bien la santé de l’individu consommateur – citoyen qui passe avant même l’environnement.

Une étude est donc entreprise pour mesurer ces évolutions potentielles.

Eric Giraud Héraud, ISVV « L’économie expérimentale pour mesurer les attentes des consommateurs » 

Les mesures même expérimentales, présente une difficulté majeure dans le marché du vin : comment en comprendre les comportements, les attentes des consommateurs, leur réceptivité ou son accessibilité ?

La mesure par l’achat (le CAP) et non par la déclaration aide à trouver la vérité que ce soit en montrant ou cachant le prix aux consommateurs, mais sans jamais leur mentir.

Cette expérimentation soutient des objectifs concrets et vitaux pour les entreprises de la filière : s’adapter à l’évolution de la demande et des distributeurs (évolution du goût, des exigences, …) ; elle montre par exemple l’importance essentielle et très sous-estimée de la disponibilité des produits là où le consommateur achète, dans son magasin ou circuit habituel. Elle permet aussi de trouver des pistes de différenciation de la concurrence, de fidélisation.

Le vin flatteur ne dure pas ; le vin classique et typique de son AOC garde à long terme un CAP plus élevé. L’économie expérimentale permet quant à elle de mesurer les impacts des évolutions et innovations apportés.

Echanges autour du thème2 (intervenants professionnels   David Bidegaray, Responsable Marketing Les Vignerons de Buzet | Camille Massol, Responsable unité Filière Agro Région Nouvelle Aquitaine| Stéphane Becquet, Syndicat des Vignerons Bio d’Aquitaine)

La réglementation des vins « nature » est à l’étude : il n’est pas possible à ce jour de les afficher sur une étiquette contrairement aux sans sulfites ajoutés dont la mention sur une étiquette est autorisée.

Associer le développement durable (DD) et l’environnement est limitatif : il aborde des sujets plus larges comme le social. Mais la question reste comment prouver, communiquer et valoriser ces démarches DD ?

Les bons vins sans sulfites permettent de bons référencements en convainquant des clients qui ne connaissent ni l’AOC ni les vins géographiques ou non de cépages et refusent de les acheter ; l’évaluation se transfère de la réputation de l’entreprise ou de l’origine vers cette caractéristique du produit si elle est prouvée et réelle. Il convient en effet de ne pas se limiter au « green washing ».

Certains labels sont complémentaires et augmentent la valeur du produit : bio et équitable par exemple ; parfois ils se cumulent et s’embrouillent, au-delà par exemple de 3 ou 4 logos, trop d’informations tue l’information.

La labélisation est un standard de qualité minimum : elle est abandonnée par les consommateurs si un nombre suffisant d’entreprises va plus loin ; voilà la menace qui pèse sur le bio par rapport à l’essor du vin nature.

L’implication réelle du label n’est d’ailleurs pas si évidente que cela dans le vin : ainsi certains ne l’affiche pas, n’étant pas sur du caractère positif ou négatif de son allégation.

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