Prix de Bordeaux, le choc des mots !

Étonnant télescopage. Deux articles du Monde et de Rayon Boissons paraissent en même temps ; le premier s’interroge « pourquoi le vin de Bordeaux est-il si cher ? » (lire ici); le second lui, met en avant l’enseigne Carrefour qui vend un Bordeaux à 0,96€ la bouteille (lire ici) !

La confrontation de ces deux réalités résume la situation d’une zone d’appellations qui se trouve écartelée entre deux images contradictoires : ses très grands crus devenus spéculatifs maintiennent une impression d’inaccessibilité et d’arrogance ; à l’étranger comme dans beaucoup de régions françaises, face à cette envolée injustifiable, Bordeaux reste synonyme de produits bien trop chers.

En même temps, les « petits » vins, aux mains de metteur en marché qui ne maîtrisent pas leurs réseaux de distribution, se vendent parfois à des prix indignes de l’image de Bordeaux. Personne ne peut rêver en achetant une AOC à moins de 5€…

Comment en arrive-t-on à une telle situation ? Bien peu d’interprofessions, de syndicats ou de vignerons se posent la questionnement du positionnement, du concept de leur signature collective.

Ainsi, Bordeaux a-t-elle oublié son origine séculaire, sa culture de marque qui assemble deux mots d’apparence opposée : la qualité massifiée. Dès les moines du Moyen-Âge, Bordeaux a imposé un niveau exigeant sur une surface importante. Les volumes extraordinaires expédiés depuis son port fluvial témoigne au fil des siècles, de la permanence de cette démarche « stratégique ». Jusqu’à la fin des années 1990, elle était la seule à pouvoir proposer des vins d’AOC produits en masse, modèle depuis copié partout et sur des vignobles de taille comparable. Dans le plan Bordeaux demain, ce concept se trouvait refonder par la notion de « luxe accessible »…

Tout cela a été noyé… jusqu’à l’absurde dont la presse se fait l’écho. Maîtriser son prix jusqu’à la table du consommateur, où qu’il se trouve, dans le monde entier, reste une incontournable responsabilité pour celui qui signe le vin, trace son origine. Faute de l’assumer, on peut perdre son âme.

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