A priori n°3

Le marché se régule par l’offre. Trop de vins produit tue le marché.

Cette réflexion qui semble frappé au coin du bon sens, est toujours entendu même dans la bouche de vignerons Jeunes Agriculteurs. Elle sous-tend nos institutions, influe les stratégies publiques et interprofessionnelles. Surtout elle est ancrée dans les esprits comme une empreinte culture, quasi génétique.

Pour l’étudier, revenons d’abord à la définition commerciale et marketing du marché : il est un « ensemble de clients ou consommateurs actuels ou potentiels ». Ainsi, en France, il est considéré comme « marché du vin », toute personne âgée de plus de 15 ans qu’elle boive ou non, qu’elle achète ou non du vin. Le marché n’est donc plus ce lieu de rencontre de l’offre et de la demande, notion originale et formelle liée aux foires.

Le consommateur exprime une demande qui répond à un besoin présent ou à venir. Il reçoit en retour des entreprises, de quoi la satisfaire. Le vin n’échappe pas à cette évolution ; au contraire, il en est d’autant plus un symbole, qu’il a plus que tout autre produit, changé de nature depuis les 50 dernières années.

Car le vin ne répond plus à aucun besoin primaire : boisson de base de l’alimentation jusque dans les années 1960, il est aujourd’hui un plaisir et ses concurrents sont tout autant une place de cinéma, un livre qu’une bière ou un verre de whisky.

Si donc, la production de vin est inférieure à la consommation, personne ne s’en plaindra ou ne viendra taper à la porte des vignerons pour acheter du vin à un prix plus élevé : le consommateur se détournera du vin pour acheter un produit alternatif.

Si donc, Bordeaux ou la France ne produisent pas suffisamment pour maintenir ses parts de marché ou les accroître, le consommateur ne se révoltera pas ou n’acceptera pas une hausse immodérée des prix ; il se contentera d’acheter d’autres origines. L’effondrement des grands crus est la dernière illustration de ce phénomène (relire ici l’article).

Cessons donc de penser offre et demande, de croire – il s’agit bien d’une croyance – que la régulation de l’amont influe le marché : occupons-nous plutôt du consommateur et de ce qu’il veut pour lui apporter des réponses qui lui donne envie d’acheter nos produits. Toute réflexion doit prendre ne compte cette réalité : sans tomber dans un extrême inverse qui voudrait que le marché dicte sa loi, qu’il faille produire un vin « adapté » au goût du consommateur, lions production et commerce, terroir et marketing, origine et communication.

Le marché demande bien plus qu’une approche libérale et dérégulatrice, des explications autour d’un produit magnifique mais complexe, une prise en compte du moment de consommation et une relation vigneron – consommateur qui se manifeste au delà des salons et de la vente directe, sur chaque étagère de magasins – supermarchés, cavistes, tables de restaurants -et ce partout dans le monde.

 

One comment

  1. Olivier Metzinger dit :

    C’est bien vrai, comme il est illusoire de penser que lorsqu’on aura coulé son voisin on ira mieux.
    Mais pour pratiquer le microcosme viticolo-Bordelais c’est bien ancré dans l’ADN de nos amis qui squattent les instances.
    De la même veine que « les autres régions viticoles Francaise ne nous aiment pas et nous veulent du mal »…
    Puisque c’est de leur faute si nous n’obtenons pas gain de cause à haut niveau. (Réplique combien de fois entendue…)
    Dans les salons de vignerons, des 4 coins de France nous nous croisons, nous discutons et très souvent nous sommes plutôt favorable aux même évolutions (bon sens des vrai Paysans). Si nous n’étions pas géré par des dogmes (ou hommes) archaïques nous n’en serions pas là. Mais le système a été fait pour être vérouillé et protéger les idées en place (l’ADN comme il est dit plus haut), le syndrome de l’extinction de la RACE.
    On se méfie des idées neuves, puis le fait d’avoir des familles de vigneron de père en fils depuis des siècles n’arrangent pas l’émmergence de modernité de pensé.
    La différence entre l’évolution et le conservatisme, à force on y arrivera.

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