A priori n°2

Vendre n’est pas mon métier.

Tout vigneron a un jour pensé cela : face à la complexité de la commercialisation, il s’est répété que ses difficultés, ses résultats insatisfaisants s’expliquaient d’abord ainsi. Aucun producteur n’est venu à cette activité pour vendre.

Les jeunes comme leurs aînés cherchent à exploiter une terre, à assouvir leur amour du vin, de la qualité, à donner du plaisir comme aboutissement d’un travail bien fait,… tout noble objectif bien loin de la trivialité d’un prix, d’une négociation ou de la confrontation au marché.

Pourtant… que ne devraient-ils pas médité cette affirmation sortie il y a peu de la bouche d’un de leur confrère « la reconnaissance du vin commence quand il se vend : vendre fait en ce sens partie du terroir » ! Rien ne sert en effet de vinifier le meilleur vin si personne ne le boit.

Pourtant, encore, le vigneron est devenu un technicien de pointe qui ne cesse d’appliquer à la vigne comme au chai, d’incessantes innovations : peu de professions ont autant progressé, utilisé des procédés, des normes si évolutives.

Tout repose donc sur cette croyance – dépassée – que le commerce n’est pas lui aussi affaire  d’outils et de méthodes, de moyens et d’organisation. Qu’il obéirait à des règles propres (réseau de connaissances, relationnel), qu’il faudrait un chromosome particulier pour y réussir. Il vaut mieux portant l’intégrer au vaste métier de chef d’entreprise viticole, se former si besoin pour le comprendre, l’accepter et même pourquoi pas, l’apprécier.

Car au final, seuls les fruits de la vente, d’une vente maîtrisée et rentable, assurent le revenu du vigneron et garantissent la pérennité de son exploitation.

2 comments

  1. Coraline dit :

    Vendre, c’est ce qu’il y a de plus difficile (dans le terroir)

  2. Olivier Metzinger dit :

    Je crois que ce n’est pas dépassé comme pensée, il faut regarder un peu la définition des mots, l’étimologie, et vendre n’est pas le coeur de métier du vigneron, du viticulteur.
    C’est le coeur de metier des vendeurs, des commerciaux.
    Que le chef d’entreprise intègre l’activité de vente dans son entreprise est complètement normal et souhaitable qu’il s’y forme aussi, comme aux notions de gestion, de management, etc.
    Le chef d’entreprise est peut être vigneron, peut être manager de personnel, peut être comptable, peut être commercial, peut être marketeur, peut être publiciste, peut être tout à la fois.
    Quand on a besoin d’installer une salle de bain on appelle un carreleur et un plombier, c’est mieux que de demander à un comptable et un informaticien même si on les forme pour, en général c’est plus efficace.
    C’est peut être jouer sur les mots, mais les mots veulent dire des choses et c’est beaucoup mieux quand ils disent la même chose pour tout le monde.
    Que le chef d’une entreprise de production de vin se forme à la vente, n’a rien d’anormal, c’est un choix judicieux, mais comme nous n’avons que 2 bras et 24 h par jour c’est très difficile d’être efficace et pointu partout.
    Je suis un chef d’entreprise dont le coeur de métier est la culture de la vigne et l’élaboration du vin j’ai fait ce qu’il fallait pour, si j’avais souhaité que mon métier soit centré sur le commerce j’aurai fait autrement j’aurai monté une société de négoce.
    Fabrice, je comprends cette envie de nous « CONVERTIR » en ce sens nous pouvons changer de métier et finir par apprécier le commerce mais est ce une fin en soi.

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