Les lobbies et le vin

Le lobby* fut créé par les britanniques au XIXème siècle, au sein de l’assemblée comme lieu d’échange entre élus et groupes de pression. Très ancré dans la culture anglo-saxonne où il est souvent soumis à des règles législatives (comme aux États Unis ou au Canada) , il a envahi l’espace politique européen de façon plus subtile et moins assumée : cette absence de clarté a petit a petit conféré au mot un aspect négatif et son rôle passe, dans l’esprit du public, de l’influence à la corruption.

Son importance va pourtant grandissante dans tous les milieux et les sphères professionnelles investissent beaucoup d’argent pour peser sur les décisions politiques et voir triompher leur point de vue, leur intérêt particulier. Dans le monde du vin, plusieurs lieux de pouvoir, institués ou plus secrets, s’établissent en lobbies.

Image1Le premier d’entre eux, honni par les producteurs de vin, détesté par les tenants du bon goût à la française, est pourtant une simple association créée en 1985, l’ANPAA.L’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie,reconnue d’utilité publique et agréée d’éducation populaire, emploie 1 400 professionnels de santé et de très nombreux bénévoles. Selon sa charte, ils « contribuent à ce que des conduites individuelles ou collectives initiées pour la recherche de plaisir et de lien social, de bien-être et de soulagement n’aboutissent pas à des prises de risque inconsidérées et à d’inacceptables pertes de vie ou de liberté ».

L’ANPAA produit de très nombreuses publications (lire ici « l’essentiel sur l’alcool ») et intervient par la sensibilisation, la prévention et la formation éducative pour promouvoir des comportements compatibles avec la santé surtout auprès des  des scolaires et étudiants. Souvent perçue comme extrémiste, elle attaque en justice les campagnes promotionnelles des interprofessions viticole et s’instaure en héritière hygiéniste des « Association contre l’abus de boissons alcooliques » (1872) et de la « Société française de tempérance » (1905).

Elle gère 75 millions d’€ de financements utilisés et plus de 3,6 millions de recettes propres : 14,3% de ses financements viennent directement de l’État, 12,2% des collectivités territoriales et 67,7% de l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie), c’est-à-dire des dépenses de l’assurance maladie, donc pour l’essentiel des cotisations sociales, de la contribution sociale généralisée (CSG) et plus minoritairement de prélèvements (taxes sur l’alcool et le tabac, contributions de l’industrie pharmaceutique).

Les 5,8% restants (781 640€ tout de même) viennent d’autres subventions non précisées au budget 2013 de l’association.

Il est assez facile de caricaturer la position de cette institution : de plus, elle a tendance à pratiquer des amalgames au mieux tendancieux, qui ont le don d’agir comme des chiffons rouges auprès des professionnels :

Image2Il faut aussi préciser que l’ANPAA a mis le vin au cœur de son message anti alcool pour deux raisons : d’abord parce que tous les produits, il reste le plus consommé en France, ensuite (et surtout) parce que tous les alcooliers à l’exception des vignerons, soutiennent son action ou celle de la Sécurité Routière (voir ici à titre d’exemple, le site de Ricard). Une attitude à suivre ?

…à vous de vous fabriquer une opinion !

*lobby désignait la « salle des pas perdus ». Source des données ANPAA, Ministère de la Santé

 

 

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