Les enseignements de la crise agricole

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© Sud Ouest

A trop regarder les chaînes d’information continue, on peut se demander ce qu’il se passe dans les filières laitières et de la viande en France : en caricaturant à peine, de pauvres paysans ne peuvent plus vivre de leur travail car la grande distribution l’étouffe, lui croquant ses marges.

A grands coups de millions, de plans de sauvetage (le précédent date de 2009 !), les gouvernements successifs tentent, décennie après décennie, d’étouffer le feu qui couve. Ces explosions sporadiques comme ce tintamarre médiatique simplificateur, nous empêchent de voir une situation bien plus simple et les besoins clairs de l’agriculture qui demandent cependant une denrée bien trop rare, le courage politique.

Que nous apprend donc cette énième crise agricole ?

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Sur France Inter (« le débat de midi » du 23 juillet), François Carlier, délégué général de l’association « Consommation Logement et Cadre de Vie », Étienne Fourmont, éleveur, membre du CA national des Jeunes Agriculteurs et  Josian Palach, secrétaire général à la Confédération Paysanne, semblaient presque d’accord. La grande distribution reste le bouc émissaire facile des difficultés des producteurs. Selon une étude publiée fort à propose ces jours-ci, elle a même tendance à bien mieux jouer le jeu du respect des marges que les transformateurs, industriels et autres intermédiaires.

Surtout et en s’appuyant sur le contre exemple de la volaille, l’absence de valorisation de la viande s’explique par l’absence de démarche qualitative organisée, visible et compréhensible. Grâce au label rouge et aux autres IGP, les volaillers ont su segmenter vers leur offre. Ils gagnent de l’argent grâce à ces haut de gamme.

Ensuite, la guerre des prix actuelle vient d’une concurrence intra européenne, un dumping des allemands et des belges par exemple, qui conduit les agriculteurs de l’Union à se détruire les uns les autres. La PAC pourtant devrait permettre une coopération qui se substitue à cette situation suicidaire mais, nous y voilà, cela implique une intervention politique coordonnée.

Enfin, l’autre fléau, mondial celui là, de l’agriculture, reste son assujettissement à des marchés globalisés de spéculation : les matières premières indispensables à la vie ne devraient plus être considérées comme des marchandises comme les autres. Des sociétés s’échangent plusieurs fois le volume de production mondiale (de blé par exemple), gonflant artificiellement des prix ou créant de toutes pièces des concurrences a-commerciales.

On peut terminer par une spécificité française étonnante : on a aperçu lors des mouvements de protestation successifs, des paysans jetés leurs production à la porte d’usines de transformation jugées coupables des prix bas. Or souvent le complexe agro-industriel voir agro-alimentaire est détenue par la coopération… un agriculteur coopérateur, c’est-à-dire patron de sa coopérative, se voit imposer par une direction qui est censée être composée de ses salariés et à son service, un prix en dessous de son prix de revient.

La coopération structure une filière, un marché. Quand elle est faible (dans le vin à Bordeaux par exemple), elle ne pèse pas sur les prix ; quand elle est puissante, n’est-elle pas en responsabilité du revenu de ses adhérents ?

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2 comments

  1. Olivier Metzinger dit :

    La crise agricole est partout, plus ou moins apparente, mais partout en France.
    Combien d’agriculteurs vivent de leur travail???
    En dehors des aides de la PAC, il y en a peu.
    Concernant le secteur de la volaille, j’ignore d’ou Fabrice tiens cette information que cela fonctionne et particulièrement grace aux LABELS…
    Je crois que le système agricole actuel ne fonctionne pas, il y a foule de personnes qui sont soit disant la pour régler les problèmes, organiser les filières, etc, et la problématique reste la même.
    Ceux qui ne maitrisent pas leurs productions par une transformation et une commercialisation, ne maitrisent rien.
    Je suis plutot d’accord avec le fait que les coop ne font pas le travail pour lequel elles ont été constitué, elles se servent à elle même comme beaucoup de structure qui viennent de la base, on a dilué volontairement le pouvoir de vote du paysans en faisant des monstres avec des CA à plusieurs milliard, mais les agriculteurs n’en bénéficient pas.
    Comme toujours se pose la question, si ce mode de fonctionnement ne change pas c’est qu’il profite à certains,reste à savoir à qui?

  2. […] je l’évoquais (relire ici l’article du 25 juillet 2015), dans la crise du porc, l’acteur n°1 est la Cooperl […]

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