Les enseignements de la crise agricole (suite)

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©P. Allard (REA-La Vie)

Lait, vache, porc… le grondement de la colère paysanne ne passe pas.

Très en pointe médiatique, la FNSEA ressasse ses solutions : allègement des « charges », concentration des exploitations, subventions (3 milliards d’€ en trois ans quand même), voir suspension de l’embargo vers la Russie (on rêve) sans diagnostic ni remise en question.

Le tout en brandissant l’étendard bien commode de la compétitivité : à force de baisser les coûts, on se demande comment l’on peut arriver à produire ! Tout cela se répète depuis plus de 20 ans sans de résultat probant.

La Confédération Paysanne (voir ici l’interview de son porte-parole dans Libération) a beau jeu d’opposer une approche plus réformatrice, d’autant qu’elle n’est écouté par aucun décideurs. Son discours pertinent (favoriser la qualité, la revente, les exploitations de tailles raisonnables) a donc peu de chance de se traduire en actes d’autant qu’il semble impliquer une baisse du volume mis en marché.

En cherchant plus loin, on découvre parfois des informations incroyables :

comme je l’évoquais (relire ici l’article du 25 juillet 2015), dans la crise du porc, l’acteur n°1 est la Cooperl (alliée de Bigard dont elle a racheté une usine en 2012)… cette coopérative de 2,1 milliards de CA, regroupe 2 710 producteurs et pèse 5,67 millions de porcs par an ! Dans son communiqué du 18 août (lire ici), elle se défend : elle peut supporter 1,4€ du kilo en France (la grande distribution jouant le jeu des prix) mais pas à l’export (où les allemands bradent à 1,1€) qui représente 35% de ses ventes volume.

Donc, sans remettre en question sa stratégie de dumping, la Cooperl réclame des aides européennes et tout plein de contraintes (fiscales, sociales, réglementaires) en moins. Cette coopérative paie-t-elle correctement ses producteurs ? Mystère.

Mais outre que son président est un pilier de la FNSEA, il faut souligner que le 2 juillet, l’entreprise se voyait condamner pour escroquerie, fraude, usages de faux, après avoir « maquillé entre 2010 et 2012 des résultats d’auto-contrôles, de façon à commercialiser quelque 1 500 à  2 000 tonnes de viande de porc contaminée aux salmonelles »*.

Dans leur mansuétude, les juges n’ont pas suivi le parquet qui réclamait 1,8 millions d’€ d’amende, mais Cooperl devra verser « 150 000€  pour usage de faux et 60 000€ aux associations de consommateurs UFC-Que Choisir et CLCV au titre du préjudice porté à l’intérêt des consommateurs. En outre, 2,9 millions d’euros  d’avoirs, saisis lors de l’enquête préliminaire et correspondant au montant de la fraude, sont confisqués »*.

Avis à tous les donneurs de leçons, la confiance règne.

*source & citations Krystell Veillard France 3

 

 

One comment

  1. Olivier Metzinger dit :

    L’article sur cette belle machine qu’est la COOPERL me conforte dans l’idée que je me fais des coopératives.
    L’idées de base étant de mettre des moyens en commun pour obtenir de meilleurs résultats que seul.
    Il semble que les coopérateurs, producteurs de porc ne soit pas tout à fait satisfait de leur destin, qu’ils ne peuvent absolument plus maîtriser dans ce contexte de gigantisme, l’esclavage moderne d’une certaine manière.
    Je me remémore des réunions sur la crise des vins, ou l’on nous expliquait que nous avions des problèmes dans notre filière parce que nos coops n’était pas assez forte. il faudrait le dire aux producteurs de porcs cela les rassurerai sans doute. En parlant de doute… soudain il m’en vient un.

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