Le temps de l’irrationnel…

…et de la servitude volontaire.

Le malade ne cesse de répéter « j’ai mal ». Le docteur inquiet, lui répond « impossible, vous n’avez rien » ; il le prouve à grands frais d’analyses, de scanners, de démonstrations et de résultats … et plus le malade rechigne et souffre, plus il rajoute des moyens pour lui démontrer son erreur. Et pourtant, le malade souffre.

Surgit le rebouteux qui prétend tout guérir, caresse longuement le malade en l’écoutant. Il ne murmure pas à son oreille, il crie qu’il a la solution : une potion miracle a avalé chaque jour tout en se tapant la tête contre un mur… surtout, il hurle que le docteur est un charlatan, un voleur et qu’il serait bon de le pendre pour tant de négligence face à la douleur de son client.

Le docteur ne sait que répéter ce que la science lui apprend et prévoit que tout s’arrangera demain.

Le journaliste qui passe par là, entend le fracassant discours du rebouteux et l’incompréhensible verbiage du docteur. « En voilà un sujet » se dit-il et il donne 5 minutes à chacun des trois protagonistes pour s’exprimer…

Bientôt, sur les réseaux sociaux, à la télévision ou sur les chaînes en continue, on n’écoute plus que la plainte du malade en perdition, la tête en sang à force de se cogner et les insultes déversées par le rebouteux sur l’ensemble du corps médical.

Le spectacle devient total, le jour où le patron du journaliste a l’idée de dresser un ring de boxe pour voir s’affronter médecin et rebouteux… le spectacle contre la culture de la réflexion et de la mesure… le spectacle contre la politique.

Oui, on finira par bannir le médecin et on oubliera vite. Peut-être qu’en mourant d’une fracture du crâne non soignée et d’un éclatement du foi, le malade se dira-t-il qu’il eût mieux fait de prendre son temps, d’écouter et de s’éduquer pour comprendre sa douleur. Il transmettra à ses enfants la consigne de ne pas céder face au mal.

Peut-être que le médecin se persuadera enfin que la connaissance n’est pas seule et que cheminant avec l’empathie, la psychologie ou l’expérimentation, elle serait bien plus efficace et comprise.

Le journaliste lui, relira peut-être son code de déontologie qui prenait la poussière au fond d’un tiroir et se mettra-t-il à douter aussi de l’instantanéité d’internet.

Peut-être que tous, citoyens, iront jusqu’à résilier leur aventure en un programme commun de co existence.

Peut-être, ou peut-être pas.

(à lire, relire, encore et toujours, le « Discours de la servitude volontaire » de La Boétie écrit à 19 ans en 1549 ! ici).

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