La France est-elle vraiment la première destination touristique mondiale ?

Image1« Avec 84,7 millions de touristes étrangers en 2013, la France demeure le pays le plus visité au monde ». C’est fort de cette bonne nouvelle que le ministère de l’économie s’est félicité du dynamisme du tourisme français, qui ne semble pas connaître la crise.

L’indicateur choisi par la direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services (DGCIS) est en effet sans appel : la France devance largement les États-Unis et l’Espagne en termes d’entrées de touristes.

Produit de la traditionnelle enquête annuelle auprès des visiteurs venant de l’étranger (EVE), ce chiffre est en phase avec les données des organismes internationaux (voir les infographies ici).Ces bonnes performances sont tirées par le Grand Paris, première destination au monde (47 millions de visiteurs) devant Londres (35 millions), mais également par les régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA).

En conservant une croissance annuelle de 2 % (réaliste au regard des prévisions de l’Organisation Mondiale du Tourisme), l’objectif de 100 millions de touristes fixé par le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, devrait être atteint à l’horizon 2022. Le progrès du tourisme devrait s’appuyer sur l’afflux de plus en plus massif de la clientèle asiatique. Les Chinois ne représentent encore que 2 % des touristes, mais le chiffre est en progrès de 23,4 % sur un an. 

Un potentiel économique inexploité ?

S’il est un chiffre que le ministère de l’économie se garde bien de citer, c’est celui des recettes générées par cet afflux de touristes étrangers. Avec 20 % de visiteurs en plus, le tourisme français génère trois fois moins d’argent que le tourisme américain – ce qui s’explique par l’importance démographique des États-Unis, où le tourisme intérieur produit mécaniquement plus de revenus.

Plus inquiétant : à démographie plus comparable, la France récolte à peine autant d’argent que l’Espagne, qui reçoit bien moins de touristes.

En effet, les très bons chiffres des entrées de touristes sur le territoire français masquent une réalité plus complexe : beaucoup d’entre eux ne font que passer dans le carrefour géographique qu’est la France, sans forcément y rester et y consommer. La situation péninsulaire diminue l’ampleur de ce phénomène pour l’Espagne.

Si le chiffre de 84,7 millions de touristes vanté par le ministère ne comprend pas les « excursionnistes », c’est à dire les visiteurs qui ne passent pas la nuit en France, il ne reflète pas pour autant le nombre réel de touristes. Ainsi, en 2007, près d’un touriste sur cinq ne faisait en réalité que traverser le pays, en route vers une autre destination.

Selon les chiffres cités à l’époque par l’Insee, les touristes étrangers séjournaient en moyenne deux semaines en Espagne, contre seulement une semaine dans l’Hexagone. Une tendance qui ne s’est pour l’instant pas inversée.

Maxime Vaudano LeMonde.fr

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