Débat

L’article (ci-dessous) commentant la création de l’association «SOS vignerons sinistrés» a immédiatement provoqué des réactions – sur le réseau Linked-in en particulier, ce dont je me félicite : le débat m’a toujours paru indispensable, surtout dans des périodes de remise en question, de doute, de difficultés. De la confrontation des idées et des opinions peut naître une intelligence collective seule apte à trouver des solutions pérennes, comprises et acceptées par tous. Merci donc à ceux qui participent à cet exercice démocratique et voici leurs contributions accompagnées de commentaires :

1/« Faux, Monsieur Chaudier. Un VCI à hauteur d’une récolte pour bientôt… et beaucoup d’autres acquis que vous ne soupçonnez pas depuis pas votre piédestal. Pour se permettre de bien juger, mieux vaut être dans l’action que donneur de leçons ! »
Marc COUSSY
Vigneron artisan, membre du CA de Vignerons Sinistrés

Monsieur,
Votre réaction assez dure me fait penser que d’une façon ou d’une autre, je vous ai blessé, que vous avez dû vous sentir agressé et si tel est bien le cas, je vous prie de m’en excuser. Vos propos montrent que vous ne m’avez pas compris : je n’ai pas attaqué les actions voir les résultats des associations et mouvements nés dans le bordelais ces dernières années. Chaque fois que j’ai été sollicité, j’ai participé aux réunions et aux discussions ; j’ai même formé des vignerons du premier collectif. Pour être franc, j’ai même proposé mon aide à titre gracieux à votre vice-président. Il me semble en effet indispensable d’être à l’écoute de tous… si j’ai fait mon métier du conseil et de la formation des vignerons comme des négociants, c’est d’abord pour servir l’ensemble des acteurs de la filière sans distinction d’étiquette ou d’image sociales, politiques. C’est donc les mains dans le cambouis que je prends position et non posé sur un quelconque piédestal.
Mais plus de dix ans après le début de la « crise » à Bordeaux, je fais le constat qu’il vaut mieux réformer depuis l’intérieur de la maison commune aussi imparfaite soit-elle, que tenter de le faire depuis l’extérieur. Jouer le jeu institutionnel n’a d’autre alternative qu’une agitation louable, parfois comme vous le soulignez, porteuse de fruits mais globalement pas à la hauteur des enjeux.
On constate une désaffection de la participation aux élections, aux réunions et aux initiatives syndicales ou professionnelles dans tous les métiers : ce repli, cette tentation individualiste portent en eux des germes d’un poujadisme qui n’a rien de bon pour la démocratie.
Continuez à lutter mais tentez aussi de vous inscrire dans ce cadre qui s’il fonctionnait bien, devrait vous apporter des réponses ; pensez, si je puis me permettre, que seule une stratégie, des choix clairs supportés par toute la filière peut nous, vous sortir du marasme actuel.

2/« Je crois, Fabrice, que la réalité de l’interprofession vous échappe. Pour arriver à siéger au CIVB il y a 6 ou 7 niveaux d’élections suivant les ODG. Effectivement un scrutin de liste avec un programme serait peut être une opportunité de rétablir un minimum de démocratie, et de pluralité d’idées.
Concernant mes collègues manifestants, ils ne sont pas plus dépassés que notre système, qui va s’autodétruire par sa non capacité à évoluer et se moderniser.
Qui d’autre que le Président du CIVB et ses troupes, utilise moult subventions Européenne, pour arracher, pour distiller, pour replanter, pour investir, pour s’assurer contre les aléas climatique alors qu’il est possible de s’en passer en étant un minimum novateur.
On peut mettre les chiffres sur la table quand vous le souhaitez. Cordialement »
Olivier Metzinger

« Olivier, vous soulevez d’abord le problème de la gouvernance du CIVB ; dans le plan « Bordeaux demain » de juillet 2010, 4 piliers de réformes étaient étudiés dont « piloter efficacement la filière » (je vous invite à relire ce document passionnant et toujours d’actualité : Plan Bordeaux Demain). Nous pouvons tous tomber d’accord la dessus ; reste à mettre en œuvre cette évolution et comment y parvenir si l’on reste hors les murs ? Vous vous êtes vous-même présenter à des élections : sans tambours ni trompettes, n’avez-vous pas obtenu d’excellents résultats ?
Pour ce qui est de l’utilisation des subventions et de l’argent de la filière, vous pointez du doigt une ou des personnes : je ne crois pas que ce soit le bon angle d’attaque. La France est le pays qui utilise le plus mal ses moyens et comme vous le soulignez sur les mauvais sujets (arracher en période de sous-production) ; mais il s’agit non d’untel ou d’untel mais tout le pays, quelque soit le ministre en place. Oui vous avez raison, c’est en mettant les chiffres sur la table qu’une réalité déniée par beaucoup apparaît et que des choix pertinents peuvent être pris.
Vous savez que c’est ce que je m’efforce de faire. Quant au débat, je me tiens à votre disposition. »

« Le grêlon qui fait déborder le vase.
Il y a beaucoup de désarroi chez les viticulteurs des « petites » Appellations de Bordeaux. Le marché du vin en « vrac » a été en dessous des coûts de production pendant une dizaine d’années. Cette situation a tiré tout vers le bas et même ceux qui tentent de mieux valoriser en vendant directement en bouteilles ont d’énormes difficultés. Que de contraste à Bordeaux où les grands crus caracolent à des prix injustifiables et des petits à des prix insoutenables.
Je suis solidaire de mes amis vignerons de l’Entre-deux-Mers, mais attention à la récupération politique… Il y a dans ce mouvement des individus qui n’ont rien à y faire et qui décrédibilisent cette action.
Puisqu’il est question de crédibilité, je rappelle que l’état et les collectivités se sont engagés à la demande des professionnels à hauteur de 1,5 millions d’euros, ce qui représente 25 millions d’euros de prêt bonifiés à 2%, dans la limite fixée 50.000 euros par exploitation. Je signale que la DDTM en charge du « guichet unique », sur ces demandes de prêts de consolidation de trésorerie n’a à ce jour reçu qu’une seule demande d’aide … »
Stéphane Defraine Château De Fontenille

« Merci de ce point de vue décalé et qui souligne bien les contradictions : désarroi mais sous utilisation des mesures à disposition ; action mais sous-entendu politicien ; moyens mais impact faible ; déconnection marché / situation des producteurs. »

2 comments

  1. Grégoire de Fournas dit :

    Cher Fabrice,

    Je prend quelques minutes pour réagir à mon tour.

    Je suis d’accord sur le fait qu’il faut nous adapter à l’environnement qui est le notre et que Bordeaux est manifestement incapable d’appliquer une stratégie claire et des outils commerciaux efficaces pour s’en sortir (et chacun de nous en porte une part de responsabilité).

    Cependant il ne faudrait pas oublier le contexte que l’on nous impose. Monsieur Montebourg ne cherche de répéter que notre monnaie est trop forte et qu’elle pénalise nos exportations. Vu que la filière du vin est le deuxième exportateur net, nous sommes directement concerné par cette déclaration. Pourtant rien ne se passe.
    Dans le même, on nous impose des normes sanitaires et administratives de plus en plus lourdes et oui l’Europe a une responsabilité dans tout cela.
    Je rajoute à cela la pression excessive de la grande distribution (pas toute d’accord) qui est l’un de nos premiers clients et que les pouvoirs publics laissent pratiquement libre de mettre toute la profession agricole à genoux !

    D’autre part, ces vignerons qui ont manifesté, et que je soutiens totalement dans cette démarche pour les raisons que je viens d’avancer, même s’ils avaient mis en place un système commercial efficace pour vendre leur récolte, n’auraient jamais pu survivre à une récolte, pour certains, complètement perdue !

    Alors je veux bien que l’on nous dise de s’adapter mais je trouve particulièrement dégueulasse qu’on nous mette des boulets aux pieds en nous disant, dans le même temps, de courir plus vite pour s’en sortir !

  2. Olivier Metzinger dit :

    Effectivement je cite une personne, « Bernard FARGES », Président du syndicat des BX et BX SUP puis du CIVB notament.
    Je cite cette personne comme étant le chef de ce système, non que je l’accuse d’être le seul a profiter des aides. Mais simplement d’être responsable de la mauvaise utilisation qui en est faite. Comme étant CO-responsable, d’une mauvaise politique, comme étant jusqu’à aujourd’hui le garant de la mauvaise utilisation des fonds Européen.
    Comme étant le chef d’un système vérouillé qu’il n’a jamais souhaité moderniser, comme étant un des garants de l’immobilisme de l’interprofession.
    Je crois qu’il est tout a fait capable d’assumer ses positions et l’histoire montrera un jour que notre filière est mal géré, que l’on se coopte entre soit afin qu’il n’y ai pas d’opposition ou de confrontation d’idées, ce qui abouti in fine à l’épuisement des capacités a imaginer un avenir qui ne soit pas le copié/coller du présent, et pire encore du passé.

    Anecdote de réunion de Canton du Syndicat des Bx, Bx Sup. J’informe le Président qu’avant de continuer à augmenter les surfaces foliaire, il faudrai en évaluer la pertinence, j’ai 1/3 de mon vignoble entre 0.7 et 0.9 et j’ai des degrès alcoolique trop important (régulièrement 15° sur ces parcelles avec des rendements généreux). Il faut peut être arrêter de subventionner de telles mesure.
    Réponse de « Bernard »: Et bien on demandera des sous pour recouper les piquets et abaisser le palissage…

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