Débat (suite) : arrêter de se dresser les uns contre les autres

« Cher Fabrice,

Je prends quelques minutes pour réagir à mon tour.

Je suis d’accord sur le fait qu’il faut nous adapter à l’environnement qui est le notre et que Bordeaux est manifestement incapable d’appliquer une stratégie claire et des outils commerciaux efficaces pour s’en sortir (et chacun de nous en porte une part de responsabilité).

Cependant il ne faudrait pas oublier le contexte que l’on nous impose. Monsieur Montebourg ne cherche de répéter que notre monnaie est trop forte et qu’elle pénalise nos exportations. Vu que la filière du vin est le deuxième exportateur net, nous sommes directement concernés par cette déclaration. Pourtant rien ne se passe.

Dans le même, on nous impose des normes sanitaires et administratives de plus en plus lourdes et oui l’Europe a une responsabilité dans tout cela.

Je rajoute à cela la pression excessive de la grande distribution (pas toute d’accord) qui est l’un de nos premiers clients et que les pouvoirs publics laissent pratiquement libre de mettre toute la profession agricole à genoux !

D’autre part, ces vignerons qui ont manifesté, et que je soutiens totalement dans cette démarche pour les raisons que je viens d’avancer, même s’ils avaient mis en place un système commercial efficace pour vendre leur récolte, n’auraient jamais pu survivre à une récolte, pour certains, complètement perdue !

Alors je veux bien que l’on nous dise de s’adapter mais je trouve particulièrement dégueulasse qu’on nous mette des boulets aux pieds en nous disant, dans le même temps, de courir plus vite pour s’en sortir ! » Grégoire de Fournas

Cher Grégoire,

Personne ne peut nier la pertinence ni la réalité de la plupart des arguments avancés. Ce qui me frappe néanmoins dans cette réaction, c’est qu’elle traduit cette tentation du bouc émissaire qui nous pousse à désigner l’autre comme responsable, coupable même de notre propre situation. Ainsi s’opposent et de façon artificielle, négociant et producteur, indépendant et coopérateur, élu de la filière et électeur de la base, … ainsi, se voient accusés pêle-mêle la grande distribution, l’état, l’Europe, la monnaie… tout ce qui nous pèse, tout ce qui nous est contrainte, tout ce qui nous dépasse – les « gros » – devient cause de la situation parfois dramatique des « petits ».

Et ainsi, rien ne change, au seul profit des conservateurs : il faut casser ce cercle vicieux et inutile. Juste un exemple : cet euro décrié n’empêche ni les allemands d’engranger des excédents records grâce à leur industrie, ni espagnols et italiens de nous avoir pris la 1ère place mondiale avec leurs vins.

Plutôt que cette désunion, cultivons le principe de négociation qui, loin du consensus mou qui voudrait que tous soient d’accord, rassemble autour d’une table, pousse à débattre jusqu’à atteindre un compromis nourri d’intelligence collective, un choix compris et donc accepté.

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