Culture vs politique

ob_07fe5c_11108526-849166065155262-5548316550453Il convient de se référer à l’histoire pour redéfinir une culture d’entreprise. Je dis souvent que personne n’a obligé MM. Renault et Ferrari à prendre des chemins différents, des positionnements diamétralement différents alors même qu’ils abordaient le même marché de l’automobile : des décennies plus tard, ce choix originel conduit toujours les groupes qu’ils ont fait naître.

En entrant chez les vignerons, on se rend vite compte que ce passé familial souvent, fonde leur identité et qu’ils peuvent y trouver les bases de leur stratégie d’aujourd’hui.

Il en va de même pour une marque ou même d’institution. Cette évidence pourtant est sans cesse ignorée ou remise en cause, par ignorance de cette histoire commerciale, par déni ou par aveuglement, qui le sait avec certitude. On peut se gargariser avec des valeurs, encore faut-il s’assurer que l’on parle des bonnes, de celles voulues ou subies, héritées et que l’on a fait évoluer au fil des ans. Car l’histoire n’est pas un roman, pas plus qu’elle n’est figée ou finie ; elle constitue un mouvement permanent qui peut sublimer le passé ou nous emporter faute de connaissance de ce qui nous a créé.

Si l’on regarde l’histoire des vins de Bordeaux, on est en droit de se livrer à un examen critique, peut-être partial : le flou règne sur ce que sont ces produits de terroir nimbés de millénaires d’existence. Pour moi, depuis les moines défrichant l’Entre-2-Mers pour planter de la vigne, Bordeaux unit deux valeurs contradictoires qu’elle assemble pourtant comme ses cépages : la masse et la valeur. La région donne naissance à des vins de qualité mais produits dans de grandes quantités.

Les chiffres comme les faits donnent le vertige, quelques soient les époques.

Au Moyen Âge donc, le vin fut source de sécurité (en déboisant, on réduisait les refuges pour les brigands), de revenus complémentaires et déjà milliers de tonneaux de jus à vendre. L’extension du port permis des exportations précoces et là aussi considérables …

Aujourd’hui pourtant, tout semble concourir à tourner le dos à ces valeurs ; la politique actuelle veut réduire la masse, espérant ainsi valoriser. Malgré l’échec de cette posture constaté depuis plus de 15 ans, cette régulation de l’offre pour peser sur la demande (ah l’inadéquation de ces termes pour le marché actuel) s’est substituée à la culture de la qualité massifiée.

Il faut le redire : en 2000, Bordeaux sur 120 000ha se donnait un potentiel de 7,5 millions d’hl ; elle en vendait 5,5. Pour équilibrer production et commercialisation, sa surface a été réduite de près de 10%, ses rendements drastiquement contrôlés, son potentiel ramené aux 5,5 millions d’hl espérés. Avec comme résultat, une chute à peine enrayé des cours, un revenu agricole fragilisé- des zones entières n’en disposant plus et des débouchés réduit à 4,9 millions d’hl (-10%)… cercle vicieux !

Faisons un pari : si l’on revenait à ce fondement, si l’on maintenait une exigence qualitative en ré acceptant de produire en masse pour reconquérir les parts perdus en France comme à l’export, alors le cercle vertueux se remettrait en place. Et Bordeaux imité partout en France, donnerait un bel exemple à toutes les filières.

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