Bernard Magrez donne la leçon

Bernard-MagrezDans un court entretien à Rayon Boissons (numéro de septembre lien ici), Bernard Magrez dévoile sa nouvelle stratégie et explique les raisons de sa totale réorientation.
Lors de Vinexpo 2014, il avait surpris en annonçant la vente de tous ses châteaux bordelais à l’exception de ses grands crus.

Flou à l’époque sur ses motivations et très discret depuis, il en donne aujourd’hui les clés :
-ne plus entrer en concurrence avec les négociants de la place qui vendent ses grands crus. Difficile à la fois de ne pas comprendre cette attitude et de ne pas s’en étonner : le trublion toujours en avance sur son temps et surtout sur ses contemporains bordelais, se plierait-il à leurs règles les plus conservatrices ; il aurait pu commercialiser ses grands cris sans leur intermédiaire.
-les précisons données plus loin, éclairent cette contradiction : Bernard Magrez regrette l’affaiblissement des crus classés, vendu trop cher et par ce choix dangereux alimentant le « Bordeaux bashing ». « À force de vendre trop cher et de ne pas respecter le marché, ce dernier nous le renvoie avec force ».
L’explosion injustifiée des prix – les primeurs 2016 en sont la parfaite illustration (relire les articles « ça monte toujours » et ici) – bloque les ventes qu’il évalue à moins de 25% de la production.
-cette dérive entraîne tous les vins de Bordeaux, en premiers les « petits », cœurs de gamme qualitatifs et accessibles qui demandent un investissement marketing-vente fort et ne peuvent déployer un modèle rentable tant l’image commerciale globale de Bordeaux est détériorée.
-enfin, il reporte vers le sud-ouest, le Languedoc-Roussillon, la Provence et le Rhône, ce potentiel de valorisation.
Impeccable et implacable leçon de stratégie qui pourrait au moins amener à des remises en question.
Pour les vignerons, c’est à la fois une alarme sur le risque de laisser perdurer une politique qui les dépasse mais les impacte, et une voie à suivre, celle de la valeur obtenue par la distribution.
En espérant que le retrait de Bernard Magrez de Bordeaux ne signifie pas qu’il est déjà trop tard.

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