Bernard Farges

objectif-tribune-400x400« Nous aurons du mal à exporter notre vin en basculant dans un champ prohibitionniste »

Bernard Farges était l’invité du Petit Déjeuner interactif de La Tribune – Objectif Aquitaine le 07 novembre 2014. Près de 200 lecteurs ont assisté à son intervention. Morceaux choisis.

Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB)

« Le CIVB représente les trois familles de la filière vin : la viticulture, le négoce et le courtage. Le Conseil est chargé de trois missions : développer la notoriété et renforcer l’image des vins de Bordeaux en France et à l’international, assurer la connaissance de la production, du marché et de la commercialisation des vins de Bordeaux dans le monde, préserver la qualité des vins de Bordeaux et anticiper les nouvelles exigences en matière d’environnement et de sécurité alimentaire. Le budget annuel du CIVB oscille entre 35 et 40 M€ en fonction des cotisations volontaires obligatoires réglées par nos adhérents. »

Le trou d’air

« En 2010, pour mettre en œuvre le plan « Bordeaux demain », le CIVB est parti d’un constat : la marque Bordeaux était abîmée et les prix erratiques. Nous avions besoin de redorer l’image de nos vins et de remonter le chiffre d’affaires, par la valorisation plus que par les volumes. Des mesures techniques de réduction de la voilure de l’offre et la hausse de la commercialisation à l’export ont permis de déstocker et donc de retrouver un équilibre. Mécaniquement, le prix entre le viticulteur et le négociant, autrement dit le vrac, a augmenté et nous avons retrouvé une situation saine. »

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La distribution

« L’international représente 42 % de nos volumes, c’est donc un poids d’autant plus important que la consommation française n’est pas euphorique. En France, la grande distribution représente 50 % de nos volumes. Le Languedoc-Roussillon fait peut-être mieux que nous, mais sur des segments qui diffèrent de notre positionnement. »

Les résultats

« Entre 2010 et juin 2013, la commercialisation a progressé. La récolte a été très faible en 2013, environ 30 % inférieure à la moyenne, en raison de la grêle mais aussi de la pluie au pire moment, celui de la floraison, sur l’ensemble de la Gironde. L’année 2013 avait déjà été difficile en termes de résultats, 2014 sera pire, comme nous l’avions anticipé, avec un recul du CA de 15 à 20 %. C’est logique : nous avons moins produit en 2013, de plus les marchés de la Chine et du Royaume-Uni ont reculé. Nous sommes arrivés à la fin des livraisons des millésimes 2009 et 2010, qui étaient très valorisés. On ne peut vendre que ce que l’on a !
2015 sera sans doute du même acabit car l’impact de la récolte de 2013 se fera ressentir sur deux ans. Nous devrions ensuite connaître une amélioration, d’autant plus que les signaux semblent s’améliorer en Chine. »

Le recul de l’Asie

« Je me refuse au moindre pronostic sur le marché chinois. En 2010, personne n’avait anticipé que nous passerions de 10.000 à 500.000 hectolitres exportés vers la Chine. Nous avons constaté un recul en 2014 (- 16 % en volume et – 18 % en valeur, soit un repli de 60 millions d’euros, NDLR) après des années de développement exponentiel. Je suis amené à me dire que l’on se dirige vers un palier. Les acteurs locaux de la distribution s’organisent, l’impact de la lutte anti-corruption a eu un impact sur les cognacs, sur les grands crus. Beaucoup d’acteurs du Bordelais y sont présents et permettent à Bordeaux d’être bien positionné.
Hong Kong est un marché très marqué par les grands crus, même si 50 % des vins vendus sont des cœurs de gamme. En Chine, le cœur de gamme représente 85 % des ventes. Nous travaillons la même image sur ces deux territoires mais nos actions y sont différentes.
Au-delà de l’Asie, il faut surtout rappeler que le Royaume-Uni, l’Allemagne, ou les Etats-Unis restent des marchés très importants. »

La concurrence étrangère

« Partout, la concurrence est toujours aussi intense. Pour le moment, les Chinois n’ont pas réussi à produire assez de vin pour attaquer les marchés export. Ils ont à la fois les moyens et la dimension pour le faire, même si je ne suis pas sûr que tous les terroirs s’y prêtent. Les vins du Nouveau monde sont très présents, sauf en France qui fait figure d’îlot. Pourvu que ça dure !
Sur beaucoup de marchés, Bordeaux est marginal ou presque. En général, nous arrivons à percer car l’organisation de notre filière permet de mettre du monde sur le terrain. Il y a eu une rupture en 2008, où le modèle bordelais a été jugé ringard par certains, au profit des vins du Nouveau monde jouant sur la marque et le cépage. Depuis un rééquilibrage s’est opéré et les deux modèles fonctionnent bien.
L’expérience nous montre qu’il ne faut pas se concentrer sur deux ou trois marchés. Il y a trois ou quatre ans, nous pensions que l’Inde et le Brésil allaient se développer mais ce n’est pas le cas. Nous regardons le marché russe, qui peut s’ouvrir. Mais ce sont les acteurs de la filière qui font le marché, pas le CIVB. »

Un marché français atone ?

« Pardon, mais non ! Il a beaucoup bougé. La consommation en bag in box est une évolution fondamentale, celle du rosé est une révolution. Le rosé a dépassé le blanc, c’était inenvisageable il y a quelques années et Bordeaux cherche à progresser sur ce marché. Les bars à vins se multiplient. Les jeunes reviennent dans ces lieux, ce qui était moins le cas il y a dix ans. »

La filière vins de Gironde réalise un chiffre d’affaires annuel de 4 Md€ et représente 52.000 emplois directs, soit le premier employeur du département

L’environnement

« La vigne est une plante fragile et nous n’arriverons jamais à zéro traitement, même pour le bio. Les attentes sociétales sont fortes. Il faut bannir les pratiques qui ne sont pas cohérentes et rappeler que l’homologation des produits phytosanitaires est la même que celle de des médicaments. Il n’y a pas lieu de sur-traiter car ça n’apporte rien et ça coûte cher. Aujourd’hui, 400 entreprises sont engagées dans la démarche Système de management environnemental (SME), initiée par le CIVB. La filière s’implique de manière volontaire, on ne l’a peut-être pas assez dit. »

Le contrat vendanges

« Il existe un contrat spécifique aux vendangeurs octroyant des exonérations de charges patronales et salariales. Le gouvernement a décidé de supprimer ces dernières, avec la Confédération nationale des AOC nous avons donc mobilisé nos députés pour qu’ils déposent un amendement. Nous avons gagné en commission des finances mais perdu à l’Assemblée nationale. J’espère qu’il en sera différemment au Sénat. »

L’assurance obligatoire des viticulteurs

« Obliger, nous n’y arriverons pas. Ne pas souscrire une assurance intempéries, c’est respectable si c’est fait en connaissance de cause et que le viticulteur assume ensuite. Mais nous ne voulons plus entendre dans la bouche de certains : « C’est trop cher », alors qu’ils ne connaissent pas le prix d’une assurance ou qu’ils sont très loin de la réalité. Nous avons organisé de nombreuses réunions sur le sujet. Sur les contrats d’assurance aidés par l’Europe, nous sommes passés de 600 en 2013 à 1.600 en 2014. Mais le CIVB n’est qu’un promoteur de ce qui existe, pas plus. »

Le projet de loi Santé

« En Italie, en Espagne, le gouvernement fait la promotion d’une consommation responsable du vin, sans inciter à la beuverie. En France, le ministère de l’Agriculture nous écoute mais pas celui de la Santé. Nous avons un lobby composé d’ayatollahs face à nous. Aujourd’hui, il y a un projet de loi Santé en cours de discussion qui nous inquiète. Il projette notamment de transformer la mention « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé » en « L’alcool est dangereux pour la santé » ! On aura du mal à exporter nos vins si ce produit est jugé nocif en France et si nous basculons dans un champ prohibitionniste. Et ce n’est pas en diminuant la consommation globale de vin en France que nous règlerons tous les problèmes d’alcoolisme. »

Le millésime 2014

« Il va faire plaisir à beaucoup de monde. Septembre et octobre ont été incroyables après un été difficile, et la maturation du raisin a été optimale. Au moment des vendanges, entre viticulteurs on avait la banane. C’étaient des vendanges heureuses, et ce n’est pas si souvent le cas. La qualité est au rendez-vous et les volumes, qui étaient un sujet d’inquiétude, sont normaux. »

Mikaël Lozano

One comment

  1. Frédérique dit :

    Bonjour,
    ok pour les morceaux choisis . Sauf que pour l’assurance contre les intempéries, je me suis renseignée pour assurer la propriété, il y a des subventions certes mais il faut faire l’avance. C’est compliqué !!

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