Who is bashing Bordeaux ?

Image1Le mot s’est répandu à tort et à travers dans les médias depuis des années. Cette « raclée » est devenue « lynchage médiatique », relayé par internet et les réseaux sociaux… Ce printemps alors que Vinexpo déployait son faste, la presse professionnel viticole française s’est mise à dénoncer un (supposé ?) Bordeaux bashing. Slate.fr résume bien « l’affaire » (lire ici).

Mais en fait de quoi parle-t-on ? Un leader n’est-il pas toujours bousculé, malmené par ses concurrents avides de prendre sa place ?

Le rédacteur en chef de la Revue des Vins de France (dans un numéro spécial consacré à la défense du bordelais) redonne tous les arguments en faveur des produits (soit disant) si décrié de la première région de production au monde :

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Tous les arguments avancés sont exacts et le magazine s’applique à le démonter par de nombreuses dégustations et tests, par de longs articles très élogieux emplis de sincérité. Mais il me semble que là n’est pas le problème : que les grands crus classés se perdent dans un luxe inaccessible au commun des consommateurs n’est ni nouveau ni même scandaleux ; qu’ils attisent la jalousie non plus. Que coexistent dans une si vaste zone des vins simples, faciles à boire et des produits iconiques doit être une force : après tout Chanel se sert de l’image de haute couture pour vendre des cosmétiques et dégager ainsi des marges colossales.

Le problème est ailleurs, on peut le synthétiser en deux points : d’abord, les très grands vins n’agissent plus comme une locomotive ; à l’inverse de Chanel, ils ne permettent plus de vendre les plus « petits » Bordeaux. La faute à une déconnexion de prix et à un abandon ; les prix ont flambé de façon outrancière et injustifiables sur plusieurs millésimes, ce qui a conduit la distribution et les acheteurs à se détourner (durablement ?) de ce segment (relire l’article « Bordeaux, le grand décrochage » ici). L’abandon vient d’une attitude des nouveaux propriétaires de ces Châteaux de renom, financiers plus que vignerons, peu ou pas investis dans l’action collective, syndicale ou interprofessionnelle ni concernés par les soucis des « confrères ».

Surtout, loin des colères journalistiques, l’image commerciale de Bordeaux s’est effondrée : la qualité, finalement n’est pas en cause… tous les vignerons savent que leurs vins plaisent aux consommateurs au travers de la vente directe. Mais ceux qui sont en contact avec les professionnels, constatent l’avalanche d’objections qui les freinent : Bordeaux incompréhensible car sans positionnement ni explications marketing, Bordeaux absent des marchés, Bordeaux obnubilé par la Chine, Bordeaux qui ne se revend pas assez, Bordeaux qui ne maîtrise rien, etc.

Il ne s’agit pas de dévaloriser Bordeaux, de céder à la facilité du « bashing » systématique mais bien de cerner la réalité pour s’attaquer enfin aux problématiques réelles posées.

Merci à tous ces journalistes de voler au secours de Bordeaux, sans aucune arrière-pensées… mais leur prose ne changera rien si Bordeaux n’évolue pas.

One comment

  1. […] l’occasion des primeurs, Michel Rolland en remet une couche … revoir ici l’article « Who is Bashing Bordeaux […]

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