À propos de compétitivité

La compétitivité, au cœur des discours économiques et politiques, reste une notion mal connue et qui prête à controverses. Elle désigne en effet  une «capacité», un état de fait potentiel et non une réalité achevée ou constatée.

Un pays ou une entreprise compétitifs se trouvent au cœur d’un marché «libre et équitable» selon L’OCDE* et sont capables à la fois de vendre et de créer de la richesse. Cette approche, relativement libérale et en tout cas capitaliste, sert aujourd’hui de repoussoir au même type que la monnaie (l’euro) ou l’Europe : nos difficultés naitraient dans notre incapacité à être compétitif.

Pour démontrer cette faiblesse structurelle, la compétitivité-coût («nous produisons trop cher», «nos salaires et/ou charges sont trop élevés») et en conséquence notre productivité («nous ne travaillons pas assez», «nous sommes écrasés de normes et de lourdeurs administratives») sont placées au centre des explications et sources de nos maux.

Bien sur et comme conséquence, une stratégie de dérégulation, de baisse des charges et de dégonflement de la pression de l’état s’imposerait comme solution évidente. La démonstration se clôture par les inévitables modèles étrangers qui ont suivi cette voie, allemand en tête.

Il devient donc urgent de confronter la réalité à ce dogme. Premier constat dans le match France-Allemagne, les apparences sont trompeuses. Si au global, la France p1résente un coût horaire du travail supérieur en globalité, elle prend l’avantage dans certains secteurs et types d’entreprises :

 

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Surtout, surprise absolue dans une industrie où l’Allemagne écrase la France, cette dernière produit avec un coût travail 25% moins élevé :

Situation dans l'automobile

Situation dans l’automobile

Donc pour PSA (Peugeot-Citroën) par exemple, le coût de la main-d’œuvre ne représente que 25% du «prix usine». Une baisse de 3% n’aurait ainsi représenté qu’un gain de 0,75% sur le prix final. Soit 75 euros pour une voiture de 10 000 euros. Même si un «choc de compétitivité» advenait, cela ne ferait toujours baisser le prix que de 1,5%.

Enfin, si on détaille l’efficacité de la main d’œuvre française, si elle reste 24% plus chère que la moyenne européenne, si son temps de travail est légèrement inférieur (-0,7%) et si le salaire minimum est presque deux fois supérieur, sa compétitivité demeure 9,4% plus élevée ; en comparaison toujours, elle produit 22,7% de valeur à l’heure que celle des États-Unis.

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Il faut donc 1h15 à un salarié américain et 1h06 à son homologue européen pour produire ce qu’un Français fait en 1h, ce malgré les énormes écarts de coûts soulignés ci-dessus.

C’est-à-dire que la compétitivité n’est pas une série de chiffres à quantifier et évaluer mais un potentiel global où un élément isolé ne peut servir de thermomètre, de référent ou de révélateur.

La viticulture à ce titre est exemplaire : malgré un coût de production très élevé et des contraintes règlementaires étouffantes, la filière est la 2ème plus compétitive au monde :

classement 2013 des pays les plus compétitifs marché mondial du vin (France Agrimer)

classement 2013 des pays les plus compétitifs marché mondial du vin (France Agrimer)

De la «capacité à» aux résultats concrets, de «je peux» à «j’y arrive», un gouffre existe qu’il nous faut combler : les espagnols et italiens vendent avec le même euro et des normes d’AOP équivalentes, ils ont pourtant réussi, sans être plus compétitifs que nous, à ravir les deux premières places d’exportateurs.

Et pour en revenir à l’exemple allemand, la force extraordinaire de ses exportations (198,9 milliards d’€ d’excédents contre 61,2 milliards d’€ de déficit pour la France) tient pourtant à des produits manufacturés très chers (automobiles, machines outils, …).

Plutôt donc que de brandir des données négatives mais sans signification ou impact réels, il faut chercher les causes des problèmes et apporter des solutions. Plutôt que de se réfugier dans un prêt-à-penser confortable tant il désigne l’autre comme responsable de mes propres difficultés, il est temps de regarder la réalité en face et d’imaginer les chemins possibles pour l’améliorer.

*OCDE : organisation de coopération et de développement économiques (assemblée consultative de 34 pays développés d’étude et d’expertise.

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