500 ans d’utopie (3)

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Thomas More

Dans sa présentation de l’Utopie, Simone Goyard-Fabre* nous éclaire sur cette idée qui depuis le XXVIème enflamme le débat politique et intellectuel : « loin de chercher l’évasion dans un ailleurs idéal, (Thomas More) construit, avec un étonnant réalisme, (..) une autre politique ».

L’utopie se fonde ainsi sur la réalité mais avec une constance : « l’apparemment impossible est (…) plus vrai que réel en sa platitude ».

Ainsi la réforme, comme vœu permanent d’avancée, se heurte à notre vision moderne : l’utopie veut améliorer une situation toujours imparfaite, tenir compte de l’autre comme devant être l’objectif de toute démarche.

Thomas More va bien plus loin encore donnant dans la polémique alors que naît sous ses yeux le capitalisme, chargeant contre « une économie qui ôte à l’homme son courage, sa dignité, son humanité », contre les puissants aveugles aux besoins du peuple. Il souligne l’incurie d’un pouvoir où les princes aiment la guerre, s’abandonnent à leur seule ambition, à leurs désirs. Où les ministres se préoccupent avec flatterie et incurie, de leur place avant toute chose.

Lucide et non béat, il voit aussi la population passive, renoncer plutôt que de se battre, s’enfermant dans une servitude volontaire**.

Constat éclatant de modernité dans notre société qui au jour le jour, a poussé à l’extrême les défauts soulignés par More dans son siècle. Il s’appuiera sur sa connaissance livresque immense, sur l’analyse de toutes les expérimentations qu’il a croisé lors de ses voyages, sur une ouverture d’idée qui dépasse son éducation, sa religion, son histoire pour tenter de dessiner ce demain possible.

Aussi lointain qu’un horizon, indépassable, l’utopie nous invite alors à ne jamais cesser d’avancer vers elle.

Réalisme, réforme, altérité, débat, intellect et culture, voilà un programme qui vient comme alternative au pragmatisme qui à l’inverse, arrête la course de l’histoire, nous demande de nous contenter de la réalité, de s’y adapter quelles qu’en soient les conséquences humaines.

*Professeur émérite à l’Université de Caen (philosophie du droit, spécialiste en philosophie politique, en droit politique et constitutionnel); préface de l’édition GF Flammarion 1987.

** »Le discours de la servitude volontaire » sera publié en 1549 par Étienne de la Boétie 32 ans après la diffusion de « l’Utopie » en France (lire le texte ici).

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