500 ans d’utopie (2)

VisionDETACe que l’idée d’utopie a de moderne, d’actuel se comprend d’abord par l’évolution de sa définition et de sa perception, avant même son influence politique ou sociétale.

Inventé par Thomas More, le mot (re)fonde un genre littéraire de monde idéal inspiré de la Callipolis* de Platon et son contraire la dystopie où se dépeignent des sociétés cauchemardesques. On trouve ici une illustration saisissante des peurs mêlées aux espérances d’aujourd’hui, de notre vie quotidienne.

Rabelais** permet au mot de s’intégrer au vocabulaire commun en tant que gouvernement imaginaire. Peu à peu l’utopie désigne « un projet politique ou social qui ne tient pas compte de la réalité ». Le sens est positif puisqu’il s’agit à partir d’une réalité peu satisfaisante, de créer sans référence au présent, une possibilité d’avenir meilleur.  Cette « qualité essentielle » va subir un lent glissement « faisant de l’utopie un projet irréalisable, voire irréaliste ».

En un siècle, de l’apologie du progrès du XIXe au relativisme distancié du XXe, l’utopie, champ de tous les possibles, devient « chimère, illusion, mirage, rêve… »

De cette aspiration intellectuelle, philosophique, politique, quotidienne,de cet horizon indépassable, nous avons fait un songe puéril, une insulte définitive qui clôt toute discussion, toute perspective.

*dans "La République" 8ème livre
** qui fait de l'abbaye de Thélème la première utopie littéraire française dans "Gargantua"

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