2013, un millésime à jeter ?

La semaine des primeurs s’est achevée sur le constat prévisible et donc sans surprise, d’une désaffection des opérateurs pour le millésime 2013 : 15% de baisse de fréquentation pour les évènements de l’Union des Grands Crus UGC, jusqu’à 50% pour les autres. Pas de Parker, pas de Thunevin, Derenoncourt qui ne « sort » pas le Château Malescasse soulignant les insuffisances d’une année « déficiente… sans potentiel de garde… de qualité moyenne et parfois médiocre ». Le président de l’UGC Olivier Bernard, a beau tempéré «sur les 250 marques de Bordeaux qui se vendent habituellement en primeurs sur un grand millésime, peut-être que cette année il y en a 100 ou 150 qui vont bien se vendre. Et peut-être qu’il va y avoir une centaine qui va avoir un peu plus de difficultés. Mais ces vins, qu’ils soient vendus en primeurs aujourd’hui, ou dans un peu plus d’un an ou deux ans au moment de la livraison, ils seront vendus.», la coupe est pleine, n’en jetez plus ! lire la suite

Il ne faut pas lasser de s’étonner de ces imbroglios autour de la sortie d’un nouveau millésime : entre « année du siècle » et « année zéro », on peut légitimement s’interroger sur la réalité ou du moins la pertinence de cette approche. Tous les vignerons le savent pourtant : une année annoncée de piètre qualité peut donner pour leur vignoble, un joli produit de niveau respectable et même plus. De même et à l’inverse, un grand millésime ne conduit pas automatiquement à ce que tous les vins d’une appellation soient … bons !

Quand Malescasse ne sort pas tout comme lorsque Château Yquem refuse d’estampiller de son prestige les liquoreux de Sauternes en 2012, ne remettent-ils pas en cause tous les vins de leur AOC, voir de Bordeaux ? Ont-ils raison de ce discours de « vérité », ou cachent-ils sous le vocabulaire technique de leurs experts, une déficience interne (vendanges trop tardives, maîtrise incertaine des phases initiales du chai, …) ? « Une marque doit savoir ne pas faire un millésime », « ce n’est pas un millésime trop moyen qui va nous aider, au contraire, il pourrait plutôt nous nuire ».

Pourquoi a-t-créé la notion de millésime ? Ce terme latin (millesimus, millième) a d’abord servi de mesure avant de désigner une datation ou une cotation quantitative; devenu « année de récolte des raisons ayant servi à produire un vin »*, il permet de différencier, de prouver le côté naturel d’un produit toujours différents. Cet avantage essentiel dans la communication et le marketing, ne tourne t-il pas à la confusion pour le consommateur spectateur des primeurs ? Comment accepter que d’une année sur l’autre, un vin soit évaluer au double ou à la moitié de l’année précédente ?

Cette « transparence » extrême qui vire au n’importe quoi, n’a-t-elle pas déjà trop coûté (voir « Bordeaux, la côte d’alerte« ) ? Ne conduit-elle pas dans les « petits » châteaux à des tarifs incompréhensibles ou un « simple » Bordeaux varie de 0,25€ juste pour montrer le millésime ?

Il ne s’agit pas de provoquer stupidement, de se débarrasser non plus d’une mention facultative dans l’étiquetage (voir le « Vinidoc » sur le sujet) mais de se poser les bonnes questions : ainsi quand Wikipédia décrit les primeurs, elle écrit « L’achat de vin en primeur est une sorte de pré achat (une réservation avec paiement total) lorsque le vin n’est pas encore en bouteille (…). Cette méthode est née dans la région de Bordeaux, mais commence à s’appliquer pour tous les grands vins. Si au départ cette méthode permettait surtout un apport financier plus régulier à un producteur et un prix plus attractif à un client pouvant planifier un achat à long terme, cette méthode de vente permet de nos jours de spéculer sur le vin et le transforme en un produit boursier. »

Redéfinir la notion de millésime, replacer dans un contexte moderne les primeurs, voilà un chantier transversal (qui inclut de l’amont à l’aval) intéressant et aux conséquences pas si négligeables.

*définition du Centre National de ressources Textuelles et Lexicales du CNRS

 

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